Qualification des emplois et renouvellement des métiers en Isère

C’est le titre de l’étude publiée en mars 2007 par l’AEPI, qui montre, chiffres à l’appui, que la croissance de l’emploi a été deux fois plus élevée en Isère qu’en France. Les emplois très qualifiés ont connu une progression spectaculaire, perceptible à l’échelle internationale, et le développement des secteurs les plus innovants ne s’est pas fait au détriment des emplois peu qualifiés. L’attractivité de la région grenobloise a bénéficié à l’ensemble de l’Isère, pour en faire un territoire équilibré composé de métiers diversifiés.
Dans les années 80 et 902, l’Isère a connu une croissance des emplois deux fois plus forte que la moyenne Française : ce n’est certainement pas le fait du hasard, mais plutôt le résultat gagnant d’un volontarisme. Depuis trente ans, les investissements publics réalisés dans les secteurs de haute technologie et les partenariats engagés avec les centres de recherche et d’enseignement supérieur ont permis de mobiliser en Isère des projets industriels d’envergure et de favoriser ainsi les implantations d’entreprises. Les conclusions de notre étude sur l’évolution des qualifications de 1982 à 19992 en attestent : la progression de l’emploi profite d’abord aux emplois les plus qualifiés (+ 43 000 emplois sur la période), et un taux de progression nettement plus élevé qu’en France (+80 % de cadres supérieurs contre +62 % en France et +139 % d’ingénieurs contre +87 % en France). L’aire urbaine de Grenoble se caractérise par une grande technicité de ses
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emplois. Elle présente le taux d’ingénieurs le plus élevé en France (6,4 %), devant Paris (6,1 %) et Toulouse (5,8 %) et se place en deuxième position en France pour le taux de cadres supérieurs avec 19,3 %, devant Toulouse (18,5 %) et après Paris (22,5%), Lyon arrivant en cinquième position avec 15,8 %. Le haut niveau de qualification et la technicité des emplois industriels reflètent le développement continu des secteurs innovants. Ces emplois jouent un rôle déterminant dans l’économie locale, leur qualité garantit aux entreprises une réelle capacité d’innovation pour concevoir, fabriquer et commercialiser de nouveaux produits, ainsi qu’une possibilité de reconversion de leur production. Les adaptations aux mutations économiques de longue période s’en trouvent facilitées. Des secteurs font office de locomotives et ont un effet d’entraînement qui dynamise toute l’économie. Les technologies de l’information et de la communication représentent 500 entreprises et plus de 38 000 emplois en Isère. De grands projets fédérateurs tels que Minatec, l’Alliance-Crolles 2 ou Minalogic ont contribué à leur développement et confortent la place de l’Isère comme leader en France et pôle de référence en Europe et dans le monde. La filière microélectronique et nanotechnologies regroupe 21 700 emplois, auxquels il convient d’ajouter 3000 emplois en recherche publique, l’informatique et les technologies logicielles 12 000 emplois et 1 500 emplois en recherche publique. 
Ces secteurs intéressent directement 5 700 étudiants et mobilisent 3 400 diplômés par an. Avec un taux de cadres supérieurs très au-dessus de la moyenne nationale, d’innol’Isère, et plus particulièrement la région grenobloise (qui représente 70 % des emplois en Isère), tient une clé essentielle de son dynamisme. La tendance positive constatée durant les décennies 80 et 90 se prolonge ensuite et s’intensifie même. De 1999 à 2006, une analyse statistique des différents indicateurs fait apparaître une croissance d’emplois très soutenue. La région grenobloise connaît une croissance de + 3 500 emplois salariés par an dans le secteur privé, soit quasiment trois fois plus qu’au cours des deux décennies précédentes (+ 1 300 emplois par an). Cette performance repose à la fois sur l’attractivité des secteurs de haute technologie et sur le renouvellement des métiers. Les secteurs high-tech, notamment la filière électronique, génèrent des créations d’emplois. Des entreprises comme STMicroelectronics, Soitec, MGE UPS ou BD ont augmenté leurs effectifs dans les activités stratégiques (études, R&D, marketing, achats...). Les années 2000 semblent donc confirmer le trend des créations d’emplois de cadres supérieurs et de professions intermédiaires dans l’industrie et les services aux entreprises. Mais contrairement aux décennies précédentes, les effectifs peu qualifiés ne
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diminuent plus, et l’on constate une hausse du nombre d’employés dans les commerces et les services à la population. En revanche, les activités industrielles traditionnelles (papeterie, chimie, travail des métaux), qui emploient de nombreux ouvriers, continuent de perdre des emplois et ont du mal à rester compétitives face à la concurrence internationale. La croissance des emplois très qualifiés ne s’est donc pas faite au détriment des emplois peu qualifiés, et c’est bien là une spécificité locale. Contrairement aux tendances connues en France, l’Isère enregistre depuis une vingtaine d’année une forte progression du nombre d’employés qui compense l’érosion des effectifs ouvriers. Aujourd’hui, 22 % des emplois isérois ne nécessitent aucune qualification. Ces emplois non qualifiés sont très différents de ceux des années 70 et 80. L’emploi peu ou pas qualifié s’est transformé : moins nombreux dans l’industrie et le bâtiment, il s’est développé dans les services aux particuliers et aux entreprises. Et s’il s’est développé en Isère plus qu’ailleurs, c’est justement parce que le dynamisme économique a permis cette mutation. Le volontarisme économique joue un rôle bénéfique pour l’ensemble de l’économie iséroise. Le marché du travail semble se polariser doublement, sur des emplois très qualifiés et sur des emplois peu ou pas qualifiés. Le développement des premiers est générateur d’emplois pour les seconds. Attirer encore et former toujours plus de cadres supérieurs et maintenir un bon niveau d’emploi pour des populations sans qualification sont deux objectifs qui ne sont pas à opposer, mais à concilier. C’est l’ambition majeure d’un territoire équilibré.
1 Les cahiers de l’Isère, n° 16, AEPI, 68 pages, mars 2007. 2 Données issues des derniers recensements de l’INSEE (1982 et 1999).
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